ALI TOUNSI DRESSE LE BILAN DE LA DGSN

«Nous allons passer à 120.000 policiers»

Le Quotidien d'Oran, 13 juillet 2003

« Profitez de mettre le patron de la DGSN sous interrogatoire » dira Ali Tounsi. Le Directeur général de la police nationale s’avère être un sérieux client qui n’apprécie pas les « questions embarrassantes». Sur le bilan de la sûreté nationale, celui qu’on surnomme « El Ghouti » se dit satisfait de sa police.

A la tête de 110.000 hommes, Ali Tounsi a dressé, hier, à l’Ecole supérieure de police de Château-Neuf, un bilan reluisant de la police nationale. « El Ghouti » est satisfait de ses flics et de la mue qu’est en train d’opérer la police dans l’après-terrorisme : « Après que la police ait abandonnée le terrain au terrorisme et aux malfaiteurs, elle est en train de reprendre du terrain.

On a relevé le défi de la sécurité. C’est un pari gagné au prix fort de centaines et de centaines de morts dans les rangs de la police » indiquera-t-il.

Recrutement sélectif, formation épuisante, barème de sanction impitoyable, les nouveaux critères imposés par Ali Tounsi à ses policiers lui confèrent une longévité inégalée (10 ans) à la tête d’un service de sécurité jadis décrié pour son manque de professionnalisme : « j’insiste sur la valeur professionnelle. Un cadre bien formé équivaut 2 à 3 cadres de la police à l’ancienne. Il y a eu une première période où nous avons recruté beaucoup de jeunes et où il y a eu des erreurs, des insuffisances et des dépassements. Mais nous avons refondu notre code de discipline et de déontologie afin de respecter les droits de l’homme ».

L’après-terrorisme dans l’esprit de Tounsi se résume à un redéploiement de la police, essentiellement, des brigades mobiles de police judiciaire (BMPJ) vers d’autres missions telles que le crime organisé, la lutte contre les réseaux de drogue et les trafiquants de voitures : « les paradoxes nés de l’après-terrorisme font que certaines BMPJ s’ennuient et que les morts que nous déplorons depuis 3 ans sont du fait des accidents de la circulation que d’attentats terroristes ».

De ce fait, la DGSN continue son programme de redéploiement sur le terrain en continuant à ouvrir des centres de sûreté urbaines dans les « villes sans sécurité ». Ainsi, la police couvre 255 daïras sur les 555 existantes. Un déficit que Tounsi expliquera par la dispersion des populations, l’absence de moyens de télécommunications et le dédoublement gendarmerie nationale-police qui donne au maillage sécuritaire un dispositif particulier.

Il en est ainsi de la Kabylie où la DGSN a progressivement remplacé des unités de la gendarmerie pour couvrir des wilayas comptant 2 millions d’habitants.

Avec les ouvertures de brigades de sûreté urbaines dans les villages de la Kabylie, comme celle de la sûreté de daïra de Tizi Rached et la sûreté urbaine de la nouvelle ville de Tizi-Ouzou ce lundi, la présence policière en Kabylie s’est densifiée. Ainsi, si au début des émeutes du printemps noir, le ratio était de 1 policier pour 1000 habitants, il est en 2003 de l’ordre d’un policier pour 583. « Cela reste insuffisant » confesse Tounsi même au niveau national puisque le ratio est de 1 policier pour 306 habitants. Loin derrière le Maroc, par exemple, qui compte 1 policier pour 106 habitants. Un autre déficit que compte combler la DGSN en augmentant ses effectifs à 120.000 policiers d’ici une année (soit 10.000 policiers recrutés) dans un plan qui aurait reçu l’aval du gouvernement Ouyahia.

Concernant le débat sur la levée de l’état d’urgence, Ali Tounsi a eu une réponse technique. Evitant d’ajouter son grain de sel à un dossier qui divise militaires, services de sécurité et politiques, le patron de la DGSN dira qu’il n’a « aucun parti pris. Notre travail s’accomplit normalement avec ou sans état d’urgence.

Il n’y a pas de différence et cela ne nous dérange pas du tout », avant de lancer un pique en direction de ceux qui y voient une entrave aux libertés collectives, notamment les manifestations publiques, « cela nous arrange qu’ils ne marchent pas ».

Ali Tounsi évoquera également les protocoles d’accord et la coopération avec la police italienne, française, espagnole, turque, égyptienne, malaise et même japonaise où des cadres de la police algérienne ont eu à se former. Mais il retiendra la fierté d’être à la tête d’un corps de sécurité qui avait défendu le principe d’inscrire le terrorisme comme un crime au sein des instances d’Interpol : « Grâce à notre abnégation, Interpol, et son directeur général Kendall, ont fini par définir le terrorisme comme faisant partie du crime organisé sans rapport avec le politique. Les événements du 11 septembre nous ont donné, malheureusement, raison.

Et la commission antiterroriste d’Interpol compte de nombreux experts algériens ». En définitive, la sortie d’Ali Tounsi à l’occasion de l’anniversaire de la police nationale a permis de faire le point sur l’état d’une police qui a une image brouillée au sein des populations. L’antiterrorisme ayant, parfois, relégué les délits mineurs dont se plaignent le plus les citoyens : « Il y a de graves insuffisances en la matière. Nous testons régulièrement nos sûretés urbaines avec de fausses plaintes de policiers pour déterminer la prise en charge des problèmes des citoyens.

Cela sert à remettre de l’ordre. Il faut que le commissariat devienne un refuge » conclut Tounsi. Fin de l’interrogatoire.

Quatre hélicoptères Ecureuil d’ici fin 2003

Créée par décret exécutif (n°151/03 du 2 avril 2003), l’unité aéroportée de la police nationale, compte 12 hélicoptères de type Ecureuil As 355, de fabrication française. 2 hélicos sont déjà opérationnels en l’attente de 2 autres d’ici fin 2003.

Cette unité basée aux services de la Police des Frontières à Dar El-Beïda, est dirigée par le colonel Chaïb Oualteche qui coiffe 17 pilotes dont 8 sont en formation au Training Scholl Oxford Air, en Grande-Bretagne. La DGSN compte former d’ici la réception de tous les appareils, 40 autres pilotes qui doivent totaliser 500 heures de vol pour être affectés à cette unité.

Ali Tounsi évoquera ce programme d’équipements qui a mis du temps à se mettre en place: «c’est un projet qui date de 8 ans. Nous avons subi un embargo terrible puisqu’on ne pouvait pas acheter d’équipements avec notre propre argent». Ce retard implique que ces héliportés destinés au départ à renforcer la lutte antiterroriste seront réaffectés à des missions comme la surveillance du trafic routier qui semble préoccuper Tounsi au point d’en faire une priorité nationale. «Nous avons 4.200 accidents de la circulation pour un parc de 3 millions de véhicules.

En France, ils ont 7.000 accidents pour un parc de 30 millions de voitures. Il est clair que l’on doit parler dorénavant de criminalité routière». A noter que ces hélicoptères devaient à l’origine, lors de la passation du marché en 1994, être équipés de moyens de détection infrarouge et de mitrailleuses. Ce que Paris refusa de faire.

Mounir B.


 

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